Raid de Lunas par Lionel

21 juin 2015 : raid de Lunas

Je ne vois pas assez mon directeur la semaine alors je me le coltine aussi le samedi. Et pour un long samedi, qui plus est. Un samedi interminable, long à n’en plus finir. Déjà au petit matin, tout part lentement ; Jérôme (mon directeur) vient me chercher à la maison et on commence par galérer à charger mon VTT sur le porte-vélos. Ensuite en route pour Lunas. On badine tranquillement, parlant de tout et de rien jusqu’à ce qu’on approche du lieu du départ. En observant le paysage, on commence à se dire que cette journée ne va pas ressembler à une journée d’école. En effet si le panorama est superbe, on se rend bien compte qu’on va avaler du dénivelé : les gorges de l’Orb sont profondes et les pentes ont l’air bien raides.

Nous décidons malgré tout d’aller retirer nos dossards. Deuxième alerte à la vision des équipes présentes : il n’y a que du lourd. On croise Agde Aventure, Team Vaucluse Evasion, les Caméléons, XTR63, Issy Absolu, Raid Nature 46,… Je commence un peu à me demander ce qu’on fait là, nous qui avons pour seule expérience commune le sympathique raid d’Agde. Il me tarde un peu de me jeter dans la gueule du loup et presse Jérôme de nous rendre à la gare. Lui semble moins nerveux, il a bien raison car nous poireautons une demi-heure sur le quai à attendre le train qui nous mènera au point de départ réel.

La course d’orientation :

11 h 15, briefing. Les consignes nous semblent claires. Il y a une barrière horaire pour toutes les sections. Chacune d’entre elles propose des balises obligatoires qui pénalisent fortement si on ne va pas les chercher et quelques balises optionnelles qui donnent un bonus temps mais à comparer au temps estimé perdu à aller les chercher. C’est là que rentre en jeu la tactique : est ce que ça vaut le coup d’y aller ou non ? (je ne sais pas si je suis très clair)

Toujours est-il que l’heure du départ sonne : 1 concurrent de chaque équipe doit partir chercher la première carte de la CO puis revenir chercher son partenaire. C’est Jé qui s’y colle. Cette manœuvre me semble sans grand intérêt car toute la meute se retrouve pour lancer le début de la CO. Un début de CO comme je ne les aime pas. Où on suit le mouvement sans trop savoir pourquoi, sans vraiment être rentrés dans la carte qui n’est pourtant qu’une simple carte IGN. Dès le départ, une longue côte étire le peloton. Beaucoup marchent et j’en profite pour essayer de lire la carte. Je ne comprends pas certaines équipes qui partent à droite chercher une balise optionnelle. Tous les mystères de la CO ! Elles ont en tout cas certainement raison puisqu’on les retrouvera plus tard. Du coup, on se contente de se laisser porter allant chercher une autre balise optionnelle dans une végétation bien hostile qui nous griffe et nous égratigne. J’entends Jérôme qui couine derrière moi et qui jure après les ronces et autres orties. Je pense toutefois que nous sommes relativement efficaces et nous rentrons dans la deuxième partie de la CO. A présent, c’est une photo aérienne. Et là, ça commence à devenir intéressant. On se retrouve tout seuls, livrés à nos choix. Jérôme me laisse la carte car il voit bien que je ne supporte pas trop de ne pas l’avoir. En plus, il est plus efficace que moi dans l’analyse et en retient plus facilement les composantes. Au final, je crois que nous n’avons pas du tout « jardiné » durant cette première section et sommes très largement en avance sur la barrière horaire tout en ayant récupéré quelques balises bonus.

Le canoë

S’en suit la partie qui nous plait le moins : le canoë. Je décide qu’on ne va chercher aucune option et qu’on va au plus court. D’autant plus que c’est moi qui ai la pagaie double et qui doit faire le moteur alors que Jérôme, lui, a une pagaie simple et dirige à l’arrière. Le départ est un peu ludique dans une espèce de mangrove locale où nous ramons à travers les arbres. Je me plains assez rapidement d’une épaule mais Jérôme me convainc   d’aller chercher une balise optionnelle (je vous ai déjà dit qu’était mon chef ?). C’est la seule qu’on récupèrera car sortis des arbres, nous nous retrouvons sur le lac avec le vent de face et là, aussi bien lui que moi nous décidons de faire au plus court. Nous ne le regretterons pas car nous avons l’impression que les équipes qui vont chercher les bonus y laissent beaucoup de temps. Nous laissons nos canoës et sommes surpris de ne pas voir de point de ravitaillement en eau. Mon collègue a quasiment fini ses réserves et m’emprunte ma gourde pour démarrer la section VTT’O.

Le VTT orientation

Les VTT ont étés transportés par les bénévoles jusqu’au point d’arrivée du canoë. Nous enfourchons nos machines et partons en direction du parcours d’orientation VTT. La liaison se fait sur une route goudronnée montante mais nous sommes contents de nous dégourdir les jambes. Après une paire de km, on s’engage dans un monotrace technique et caillouteux. Et là évidemment, gros gadin. Comme d’habitude, au ralenti, je passe au dessus du vélo et retombe lourdement. Je ressens une forte douleur à la cuisse droite qui devient toute rouge. Je remonte sur le VTT pour rattraper mon chef qui m’attend quelques centaines de mètres plus loin. Nous poursuivons la section sur un parcours mi-urbain, mi-montagneux. On continue à chasser quelques balises optionnelles mais nos choix sont moins convaincants : nous traversons par exemple une rivière en ayant de l’eau jusqu’à mi-cuisse et avons des difficultés à monter sur la berge opposée où nous attendent une femme et son chien qui ne sont pas ravis d’être dérangés sur leur propriété. Après quelques excuses nous poursuivons notre route et commençons à penser fortement au ravitaillement, surtout Jérôme qui a fini son eau.

Le trail

Enfin arrivés au ravitaillement, on laisse les vélos, et on récupère une nouvelle carte car même si le trail est fléché, les balises optionnelles doivent être récupérées en mode orientation. Pendant que nous nous restaurons, les bénévoles nous disent qu’il faut compter une heure et demie pour réaliser les 8 km de la section : on a vite fait de calculer que la moyenne estimée est très peu élevée. Du coup, on s’arme de courage et d’une orange et attaquons le parcours tranquillement. Très rapidement, mon chef rend les armes et affirme ne plus pouvoir courir. Son genou gauche le tiraille à chaque pression, mais exclusivement en descente lorsque les appuis sont importants. Cela ne nous handicape pas du tout puisqu’une terrible côte survient et là, il n’est plus question de courir. C’est de l’escalade, abrupt, raide, vertical. Nous frôlons les 2 km/h. On cherche des prises pour poser pieds et mains. Je n’ai aucune idée du temps que l’on a pu mettre à atteindre le sommet mais ce fut long. Par contre arrivés là haut, on se retrouve sur un monotrace magnifique qui suit la crête et descend sensiblement. L’ascension m’a permis de récupérer et j’ai envie de trottiner mais mon boulet de collègue gémit après 3 pas de course. Il faut dire que le sentier est un peu technique au milieu de la bruyère et des racines. Je prends mon mal en patience et nous continuons sur un rythme de randonnée. Nous arrivons dans un bois où le chemin s’élargit et se transforme en piste. J’accélère un peu mais la douleur empêche Jérôme de suivre. Il faut donc continuer à notre allure de sénateur. Du coup, on craque un peu, on hurle des conneries, on rigole, l’ivresse des bois sans doute… On récupère la seconde balise obligatoire qui est à mi-parcours du trail. On ne se pose même pas la question d’aller récupérer les 3 balises optionnelles qui sont au sommet de 3 collines environnantes. Nous les ignorons totalement. Je crains au contraire qu’au rythme où nous allons nous ne soyons dans les temps pour effectuer la section VTT. La deuxième partie du trail propose des changements incessants de rythme, escalades pénibles et descentes laborieuses se succèdent. La dernière est particulièrement dangereuse puisque des dizaines de mètres de cordes nous servent de soutien. Cela aide bien mon chef. J’observe régulièrement le chrono et suis rassuré quand apparaît la via corda qui marque la fin de la section trail. Je ne peux la faire car les organisateurs décident de ne laisser passer qu’un concurrent de chaque équipe pour éviter les embouteillages. Je ne suis pas trop mécontent d’attendre sur le bord et discute avec une concurrente qui me raconte que sont coéquipier et elle ont été secourus par les pompiers pendant la CO. En effet, ils s’étaient égarés et se sont retrouvés bloqués sur une barre rocheuse. Après un dernier coup de tyrolienne, Jé me rejoint et nous en finissons avec le trail. Nous qui étions très larges jusqu’à présent au niveau des barrières horaires, n’avons plus qu’un petit quart d’heure d’avance. Ce n’est pas grave, on est à présent sûrs de pouvoir effectuer le parcours VTT de 16 km. On va donc chercher la carte et nous nous ravitaillons longuement avant de repartir. J’en profite pour me passer de l’eau froide sur la cuisse qui commence à sacrément tirer.

Le final VTT

Le départ VTT ne ressemble pas du tout à ce qu’on a envie de faire après 7 h 30 d’effort ; en effet, on se paye une côte relativement roulante mais terriblement longue où à chaque virage on espère voir la fin et où de n’est jamais le cas. Je l’attaque un peu plus vite que Jérôme mais il gère son effort et ne tarde pas à me rattraper. Au bout de l’ascension où nous doublons une paire d’équipes, nos efforts sont récompensés et on part sur un superbe monotrace qui nous réconcilie avec le VTT. Mon chef se régale et se pique au jeu avec un concurrent qui nous a dépassés. Je regarde ça de loin car c’est redevenu un peu technique. Le sentier se trouve le long d’une rivière que nous devons franchir une dizaine de fois. Je n’y parviens jamais sans descendre de mon engin. Du coup, mon collègue me distance un peu. Je le retrouve un peu plus loin bloqué par des bénévoles qui lui demandent d’attendre son coéquipier. On rentre dans le final de la section. C’est à nouveau une belle côte, aussi longue que la première mais un peu moins large. Il faut bien avouer que là on est cuit. On arrive tout de même à la franchir sans poser pied contrairement aux équipes que l’on double et on aborde le dernier monotrace descendant de la journée. Je l’attaque en premier et suis surpris de ne pas voir mon chef revenir rapidement dans mes roues car je suis crispé sur mes freins. Je l’attends au bas de la côte. Une raideuse me dit qu’il s’est arrêté un peu plus haut. Je choisis courageusement (je suis out) de ne pas remonter pour voir ce qui se passe. Je n’attends pas longtemps. En fait Jérôme a crevé. Il a regonflé provisoirement sa roue mais finit l’épreuve avec un pneu à moitié dégonflé.

La soirée

Nous arrivons dans les 20 derniers équipages après 9 h1 mn d’effort, mais si vous avez suivi vous avez compris que cela ne veut rien dire. En effet, grâce aux balises optionnelles récupérées on nous gratifie de 1 h et 1 mn de bonification. Cela nous place à la 35ème place. A ce moment de la soirée, nous n’en avons cure et nous filons au bar boire une pression bien méritée. Mon chef est en hypo alors que moi je m’appuie longuement contre un mur pas loin de vomir. Nous récupérons durant un petit moment, appelons nos femmes qui essaient, inquiètes, de nous joindre depuis près de 2 heures, puis allons nous doucher et nous changer. Nous revenons un peu plus tard assister à une remise des récompenses sympathiques dans une bonne ambiance. J’en profite pour distribuer des flyers pour le raid du 12 juillet pendant que Jé boit une bière et termine les dernières cacahuètes du village.

Après un repas rapide, nous rentrons tranquillement en Aveyron, les muscles et les articulations bien durs. Je vois en passant sur la déviation que le feu de la Saint-Jean brûle à Pont-de-Salars mais n’ai pas envie le moins du monde de descendre. Trop fatigué ! Jérôme en fait de même en passant à La Primaube où la fête bat son plein. Lui aussi se presse d’aller allonger ses jambes.

Au final ; très joli raid avec des bénévoles fort sympathiques, un principe de course intéressant où chacun peut trouver son plaisir et où la stratégie joue un vrai rôle. Et si la journée est effectivement longue, elle laisse des souvenirs plein la tête. Un tout petit regret : que ça tombe le même week-end que les trails en Aubrac où la plupart des membres de Sports Nature Lévézou se rendent et que je ne peux donc accompagner.

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